La mafia calabraise pesait 44 milliards d'euros en 2007
Les activités de la 'Ndrangheta représentent chaque année 3% de l'économie italienne et davantage que le PIB de certains Etats européens.
Les activités de la 'Ndrangheta, une organisation mafieuse italienne, représentent chaque année 3% de l'économie italienne et davantage que le PIB de certains Etats européens, selon une étude publiée mercredi 21 mai.
L'Eurispes, un institut d'études économiques et sociales italien, estime que le chiffre d'affaires réalisé par la mafia d'origine calabraise à partir de ses activités de prédilection, qui vont du trafic d'armes et de l'extorsion de fonds à la prostitution et au trafic de stupéfiants, a atteint 44 milliards d'euros en 2007.
Ce montant représente 2,9% du produit intérieur brut italien (PIB) et se situe au même niveau que l'addition des PIB de la Slovénie et de l'Estonie. Il dépasse largement le chiffre d'affaires annuel de certaines des plus grandes entreprises d'Italie, comme Telecom Italia ou la banque UniCredit.
27 milliards uniquement grâce à la drogue
Selon certains criminologues, les Calabrais ont pris le dessus en Italie sur les organisations concurrentes dans les années 1990 tandis que la mafia étendait ses activités au delà de la péninsule transalpine.
Des guerres de clans au sein de la 'Ndrangheta surviennent de temps à autres, comme au mois d'août dernier, lorsque six ressortissants italiens ont été assassinés près d'une pizzeria de la ville allemande de Duisbourg.
Selon le rapport, appelé "'Ndrangheta Holdings", la seule activité de trafic de drogue a rapporté en 2007 27,2 milliards d'euros, soit 62% du total de ses activités illégales.
L'organisation considérée comme une holding
"Nous l'avons définie comme une holding parce que la 'Ndrangheta, plus que toute autre organisation criminelle, se comporte comme un groupe qui possède des parts majoritaires dans des entreprises, gérées et développées par des clans, ce qui en fait une structure très complexe", explique Gian Maria Fara, président d'Eurispes.
"Grâce à sa capacité à agir en réseau, elle survit et étend ses ramifications, saisissant toutes les possibilités offertes par la mondialisation", poursuit-il.
Rafaele Rio, directeur du bureau d'Eurispes en Calabre, déclare que la 'Ndrangheta a réussi à accroître ses bénéfices dégagés du trafic de drogue, principalement de la cocaïne, en supprimant les intermédiaires et en négociant directement avec les cartels sud-américains, en particulier avec les Colombiens.
Contrairement à la mafia sicilienne, qui agissait surtout dans les années 80, la 'Ndrangheta, familiale et soudée, n'a pas subi d'hémorragie de ses membres et n'a presque jamais été touchée par le phénomène des "pentiti", (les repentis), qui ont contribué à l'effondrement de certaines organisations.
Guerre de clans
À quelques exceptions près, elle a également évité les assassinats spectaculaires d'hommes politiques ou de magistrats comme le fit la sicilienne Cosa Nostra dans les années 1990.
Depuis quelques années pourtant, la 'Ndrangheta vit une guerre de clans. Entre 1999 et 2008, plus de 200 personnes liées à la mafia calabraise ont été tuées, ce qui représente une hausse de 650%.
À la suite de la tuerie de Duisbourg, elle a dû faire face à une action plus musclée de la police qui a mené plusieurs arrestations de membres éminents de l'organisation.
En février, c'est Pascuale Condello, qualifié par les forces de l'ordre de "parrain numéro un de la 'Ndrangheta", 57 ans, qui a été capturé.
En Calabre, près de 10% des exécutifs locaux ont été révoqués par le gouvernement parce qu'ils étaient noyautés par la mafia, et ils sont désormais gérés par des commissaires spéciaux, selon le rapport d'Eurispes. (Reuters)